Elle termine un film avec Nicolas Cage avant d‘être dirigée par Philippe Garrel : Monica aime les contrastes. Pour notre numéro Haute Couture, l‘égérie du maquillage Dior prête sa splendeur italienne au photographe Tyen.

Le fond de l’air est baroque, du rose et du mauve, un air de La Traviata s‘échappe d’un iPod. Ne manquent que les effluves des tubéreuses. Le photographe Tyen, exalté, hurle des mots d’amour à l’attention de Monica Bellucci, modèle splendide et d’un stoïcisme qui force l’admiration. « Dans le cadre de mon 6 × 6, les femmes sont comme des animaux sauvages encagés. Je les excite, elles me donnent tout… »

Flamboyante comme les ors d’un palais romain, vamp du Trastevere ou madone impassible, la Bellucci donne son regard d’onyx, sa bouche mise à prix par Dior et ses traits d’une finesse remarquable. Le rouge et le noir, variation chromatique autour d’une passion que Tyen s’emploie à rendre viscontienne.
Libérée des mirages argentiques, Monica boit du café et grignote une pizza. Humble, patiente, charmante avec tous : c’est une bonne nature. L’air de rien, elle va fêter vingt ans de cinéma. Pas à pas, elle a élargi son jeu puis son champ d’action : l’Italie, la France et Hollywood sont les points cardinaux d’une actrice qui a gagné en gravité ces dernières années, et fait désormais le grand écart entre superproductions américaines (The Sorcerer’s Apprentice, avec Nicolas Cage, en tournage) et films d’auteur (un projet avec Philippe Garrel en 2010). Autre chose ? Une vie de famille apparemment tranquille auprès de son mari, Vincent Cassel, et de sa fille chérie, Deva. « Il y a la Bellucci et il y a Monica », résume Tyen qui la connaît bien.

« Ma fille m’a fait faire un saut en avant inouï »

Madame Figaro. – Vous êtes l’invitée exceptionnelle de notre numéro Haute Couture. Un flash-back sur vos années de mannequinat ?
Monica Bellucci. C’est intéressant de m’avoir choisie, moi une femme ronde, ou « plantureuse », comme vous dites en France. Les filles font du 32 aujourd’hui ! Quand j’ai commencé à faire des couvertures, les stylistes voulaient me rencontrer, et invariablement il m‘était impossible de rentrer dans les robes haute couture avec mes seins. Ça ne m’a jamais rendue malheureuse ; je me disais : pourquoi font-ils des robes si étroites ? (_Elle rit._) En même temps, le mannequinat, c’est seulement trois ans de ma vie, c’est-à-dire rien, mais je ne me suis jamais conformée à ses règles, jamais. Et puis, j’ai cet avantage de pouvoir perdre des kilos très facilement…

Comment faites-vous ?
Je suis la théorie du livre 4 Groupes sanguins, 4 régimes : à chaque groupe correspond une alimentation particulière. Ce qui me convient, ce sont les protéines, la viande, les légumes et les fruits. J‘évite les laitages, le pain, le sucre. Autrement dit, mon régime est de ne pas en faire du tout ! J’aime trop manger. Mais j’ai aussi la chance de ne pas fumer et de ne pas boire. Quant au beauty sleep, je ne sais même pas ce que c’est. Le beauty sleep, ça n’existe pas quand on a un enfant.

À vous voir si patiente et si humble tout au long de ce shooting photo avec Tyen, on se dit que votre ego est loin d‘être inflationniste…
Mon ego ? J’ai été une fille curieuse, débordante même. J‘étais une provinciale qui étouffait à Pérouse. Je voulais échapper à cette vie-là. A un moment, je suis partie sur les routes sac à dos. Et puis il y a eu l’université, le départ pour Milan, le cinéma. Et ma fille. Ma fille m’a fait faire un saut en avant inouï : l’ego d’une actrice s’efface immédiatement devant son enfant.

« Être actrice, c’est un état suspendu »

 

 

Vous m’aviez dit qu‘à un moment donné vous ralentiriez le cinéma pour votre fille Deva, justement…
Pour l’instant, elle est encore à la maternelle. C’est une gitane, comme sa mère, elle me suit partout, elle parle déjà l’anglais, le français et l’italien, vous vous rendez compte ? Ma fille de 4 ans a plus voyagé que ma mère durant toute sa vie ! Ce qui me rend le plus fière, c’est de la conduire dans la vie doucement, sans douleur, dans la plus grande sécurité. Je suis très protectrice avec elle, très rassurante, très câline aussi. Quand je me réveille le matin, c’est à elle que je pense en premier.

Le cinéma vous laisse-t-il assez de temps pour votre vie ?
J’ai beaucoup de chance d‘être une actrice européenne. Il y a ici une flexibilité qui n’existe pas aux États-Unis. Là-bas, le système n’est pas sans brutalité : quand c’est fini, c’est fini, il n’y a pas de seconde chance. Le cinéma européen est plus respectueux des actrices : elles peuvent s’absenter et revenir, travailler toute une vie ; il n’y a qu‘à voir les carrières de Deneuve, Huppert, Baye ou Rampling. Et puis j’adore le bon ton français, j’adore quand on m’appelle « Mademoiselle ». Ça me ramène à cette phrase de Richard Burton : « Un acteur est moins qu’un homme quand une actrice est plus qu’une femme. » Être actrice, c’est un état suspendu. On vit dans un rêve borderline…

Monica Bellucci est borderline ?
Elle est bordélique surtout. (_Elle rit._) Je suis très italienne : je suis toujours en retard. Je me souviens que lorsque j’ai tourné Larmes du soleil, je suis arrivée avec quarante minutes de retard à un rendez-vous avec Bruce Willis… Mais si je ne sais pas toujours organiser mon emploi du temps, je sais très bien ce qui convient à ma fille, en revanche.

Vous êtes mariée avec Vincent Cassel. Comment faites-vous pour éviter les tabloïds ?
Je n’appartiens pas au monde des gossips. Je n’ai jamais cherché à susciter l’intérêt des tabloïds. J’ai besoin de ma vie privée, sinon je meurs…

Vous ne nous direz rien de Vincent Cassel, alors…
C’est un père magnifique. Et un acteur que je respecte profondément. Il me comprend. Quel homme peut accepter que sa femme file immédiatement à Los Angeles après un coup de fil pour un casting ? Voilà, nous ne vivons pas exactement dans une quotidienneté… non, je n’ai jamais vécu ça, la régularité, se réveiller à heure fixe, la gym à 6 heures, le bureau, je ne connais pas. Sauf en vacances, peut-être, mais en vacances je ne fais absolument rien, niente…