Star glamour au Festival international du film de Marrakech, c’est pourtant vers le cinéma d’auteur qu’elle s’oriente. Elle plaît à Bahman Ghobadi et Emir Kusturica, mais n’oublie pas ses amours nomades avec Vincent Cassel, ses filles et le Brésil, son nouveau havre de paix. Confidences d’une femme fatale sereine.

Festival de Marrakech, Maroc. Sur le domaine de l’hôtel Es Saadi, Monica Bellucci s’est vu attribuer la Villa Mille & Une Nuits, un amusant hasard puisqu’elle défendait ici un film iranien, La Saison des rhinocéros, de Bahman Ghobadi (1). L’actrice italienne s’était faite rare sur la place publique ces derniers temps, entièrement dédiée à sa mission de mamma : l’essentiel pour elle était alors de couver les deux filles qu’elle a eues avec son mari, Vincent Cassel, Deva, 8 ans, et Leonie, 2 ans et demi. La nouvelle Bellucci a fondu et retrouvé son poids idéal de prématernité. En smoking noir, cette femme magnifique paraît immense, bien davantage que ses 174 centimètres. Son visage est irrévocablement admirable, et son sourire chaleureux n’a rien d’une convenance marketing. Avec la maturité, Monica Bellucci a gagné en consistance. Personne n’a trouvé à redire lorsque Philippe Garrel, le pape du cinéma rive gauche, l’a engagée l’an dernier pour jouer dans Un été brûlant. Forte de ce revirement inattendu, la Bellucci part dans une direction nouvelle : celle du cinéma d’auteur. Elle va tourner avec Emir Kusturica, mais ne se prive pas non plus des bons soins de Danièle Thompson, qui l’a dirigée dans Des gens qui s’embrassent, une comédie chorale dont la sortie est prévue en avril prochain (2). Conversation.

(1) La Saison des rhinocéros, de Bahman Ghobadi, sortie en 2013.
(2) Des gens qui s’embrassent, de Danièle Thompson, en salles le 24 avril 2013.

«Mes choix de cinéma sont différents»

Sirène rock. Robe en dentelle et tulle, Elie Saab, blouson, Azzedine Alaïa, manchette Love, en or jaune, et bracelets clous en or jaune et or rose, Cartier.

Madame Figaro. – Vous vous étiez plus ou moins éclipsée pour cause de maternité et vous voilà superbement ragaillardie et prête pour un nouveau départ…
Monica Bellucci. – Je continue évidemment d’être la même mère pour mes filles, mais c’est la fin d’un cycle : ces huit dernières années, j’ai fait deux enfants et je me suis repliée avec bonheur dans le doux cocon maternel. Cela m’a pris tout mon temps et c’était magnifique. J’étais littéralement en fusion avec mes filles, je les ai allaitées, c’était comme un prolongement de moi-même. Cette longue parenthèse, que j’ai adorée, m’a permis de me recentrer, comme si j’avais fait un voyage à l’intérieur de moi-même et que je m’étais redécouverte. Aussi, mes choix de cinéma sont différents aujourd’hui : après Philippe Garrel, j’ai tourné avec Ghobadi et je vais travailler avec Kusturica l’an prochain.

Que vous a appris ce voyage intérieur ?
Cela s’est apparenté à une introspection. Jusqu’à la naissance de Deva, ma première fille, j’enchaînais les films, les promotions, je voyageais comme une folle. Bien sûr, je continue à adorer cela, mais j’avais parfois l’impression de me perdre dans ce tourbillon. La maternité m’a fait entrer dans le monde du calme et de la sérénité. J’ai également compris pourquoi les hommes courent autant et les femmes moins : ils sont comme à la recherche d’une chose que seules les femmes possèdent, la création suprême, celle de donner la vie. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas d’autres moyens de s’accomplir pour nous, mais, en ce qui me concerne, la maternité m’a comblée. Il n’y a aucun jugement de ma part : d’autres femmes se réalisent pleinement sans enfants ou exploitent leur maternité différemment. Moi, j’ai beaucoup appris à travers cet amour qu’on donne à un enfant.

Certaines actrices ne partagent pas votre sentiment… On pense aux déclarations extrêmes de Brigitte Bardot ou à celles de Jeanne Moreau, qui affirmait n’avoir aucun instinct maternel…
Je ne partage pas leurs opinions, mais j’adore cette liberté de langage et le courage de revendiquer ce que l’on est vraiment. Mon instinct maternel a toujours prépondéré et pas seulement pour mes filles…

«La beauté n’est pas un fardeau»

La nouvelle Monica Bellucci semble s’orienter vers le cinéma d’auteur, n’est-ce pas ?
Ce n’est pas complètement inattendu, souvenez-vous, il y a eu Irréversible, de Gaspar Noé, par exemple. J’ai beaucoup de chance que certains auteurs pensent à moi et me permettent de pénétrer dans leur univers. Là, dans La Saison des rhinocéros, je joue une femme iranienne en pleine révolution et j’ai tourné en parsi. Je joue une femme après la révolution, jeune d’abord, puis plus âgée et abîmée par la vie. Mais je ne veux pas me priver non plus du bonheur de tourner pour Danièle Thompson, qui parle de choses profondes en jouant sur la surface. Elle possède une vraie subtilité et signe des films très émouvants.

Votre beauté a-t-elle été un handicap pour accéder au cinéma d’auteur ?
La beauté n’est pas un fardeau, il faut dire merci et apprendre à se faire respecter. Cela dit, les transformations ne m’ont jamais effrayée : je ne suis pas terrible dans Le Concile de Pierre et je finis plutôt amochée dans Une histoire italienne.

Les radars de la presse people signalent que vous partez vous installer au Brésil. Exact ?
Avec Vincent, nous nous sommes dit que nous vivions notre dernière décennie de jeunesse et que nous avions envie d’un pays chaud. Ce n’est pas que nous nous installons là-bas, mais ce sera une base supplémentaire avec la France, l’Italie et l’Angleterre, nous y passerons plus de temps. Nous possédons déjà une maison à Bahia et nous prenons un appartement à Rio. Deva, notre fille aînée, parle le portugais comme une vraie Bahianaise. Mais je reste avant tout une Italienne et une Méditerranéenne. L’italianité forge tout mon être et mon rapport à la famille et aux gens.

Il est amusant de voir qu’après le film de Garrel, une certaine presse spécialisée vous a soudainement encensée…
Certains journalistes me disaient : « Nous avons enfin accès à vous ! » (Elle rit, NDLR.)Peut-on dire de vous que vous êtes une femme fatale rangée ?
(Elle rit, NDLR.) Ce qui est vrai, c’est que ma vie émotionnelle conditionne ma vie professionnelle et surtout pas l’inverse. J’ai besoin d’être bien avec moi-même pour être bien au cinéma. Même si les films ont parfois un effet thérapeutique indiscutable, ils ne donnent pas de réponses à toutes les questions. Je cherche l’équilibre, ce qui ne veut pas dire que je suis équilibrée… C’est-à-dire ? J’ai une âme dramatique. C’est comme ça. Je n’ai aucun penchant dépressif – je ne suis triste que si j’ai de bonnes raisons de l’être –, mais oui, il y a du drame en moi…

http://la-bellucci.ru/gallery/thumbnails.php?album=133