Sa beauté et son glamour altier n’en finissent pas d’inspirer les fantasmes… des cinéastes. Après Philippe Garrel, c’est Emir Kusturica qui lui offre le rôle principal de son prochain film, L’Amour et la Paix. Confidences in italiano de l’égérie make-up Dolce & Gabbana.

En l’observant dans son costume trois pièces à la coupe très masculine, une évidence saute aux yeux : on a beau aimer les silhouettes androgynes en smoking, dès qu’apparaît Monica, c’est le cerveau reptilien qui prend le dessus. Affaire classée. Avec la maturité, cette splendeur italienne a gagné en consistance dramatique : elle peut désormais se permettre de travailler avec Philippe Garrel ou Emir Kusturica (L’Amour et la Paix, actuellement en tournage) sans que personne n’y trouve à redire.
Supermannequin des années 1990 (elle a posé pour les plus grands, Richard Avedon, Helmut Newton ou Peter Lindbergh), Monica Bellucci n’en oublie pas moins ses devoirs envers la mode. Mamma  Monica a retrouvé sa ligne haricot vert, participé à la nouvelle campagne publicitaire de Dolce & Gabbana et signé une collection de make-up (True Monica chez D&G). Confidences en italien sur le shooting de Madame Figaro à Paris.

Monica Bellucci, l’interview

Quel effet cela fait d’être – comme le disent les Anglais – « du mauvais côté des 40 ans » ?
Il s’agit de commencer une nouvelle phase après avoir consacré ces dix dernières années à mes deux filles (Deva, 9 ans, et Léonie, 3 ans, NDLR). J’ai effectué une sorte de voyage intérieur qui m’a donné beaucoup de force.

Les effets secondaires de la « maternitude  » ?
(Elle éclate de rire.) Attention, si on me lance sur ce sujet, je passe immédiatement en pilote automatique ! Je deviens une moulinette intarissable sur les joies de la maternité… Je suis une vraie mamma italienne ! Mais je peux aussi me révéler très pragmatique.

C’est-à-dire  ?
J’ai décidé de faire mon premier enfant à 37 ans, quand j’avais déjà entamé une belle carrière. J’étais dans une situation optimale : faire un enfant à ce moment-là était un vrai luxe. Pourtant, beaucoup de mes amies mères ne vivent pas ce que je vis et sont submergées par des tâches multiples. C’est bien beau d’avoir des enfants, mais notre société ne nous aide pas : les femmes doivent jongler entre carrière, famille, corvées ménagères et biberons, et elles culpabilisent invariablement. Le mythe de la mère parfaite… Cassons-le ! Moi, j’ai pu me donner les moyens : j’étais dans une situation psychologique et – je tiens à le souligner – économique idéale !

 

« Ce n’est pas parce qu’on se maquille et qu’on porte des talons aiguilles qu’on doit être réduite à un objet sexuel ! »

Vous dites souvent que l’émancipation d’une femme passe avant tout par son indépendance économique.
Évidemment ! C’est la liberté, de ne dépendre de personne. Mais l’émancipation ne devrait jamais pénaliser la féminité. Ce n’est pas parce qu’on se maquille et qu’on porte des talons aiguilles qu’on doit être réduite à un objet sexuel ! Les femmes devraient aimer leur féminité : si l’on porte des stilettos et du rouge à lèvres, ce n’est pas seulement pour plaire aux hommes – un peu quand même ! – mais aussi par self-estime.

Vous m’aviez dit ne jamais sortir de chez vous en baskets et sans maquillage…
Jamais ! C’est ma nature. Je veux être jolie pour moi.

Confidences en italien

 

Monica Bellucci : « J’aime toujours la photo, mais avant c’était mon gagne-pain. »

 

Parlons cinéma : vous enchaînez les rôles importants, notamment dans le prochain film d’Emir Kusturica.
Je suis heureuse de cette opportunité. C’est en quelque sorte le come-back de Kusturica, qui vient de passer trois ans de sa vie à donner des concerts avec son groupe et à tourner des documentaires. Je sais qu’il tient beaucoup à cette histoire qui brasse les thèmes de la terre, de la haine et de l’amour. Je pense que je vais vivre une expérience intense, très belle. Ensuite, je vais tourner avec Alice Rohrwacher, la jeune cinéaste italienne déjà remarquée à Cannes pour Corpo celeste.

Avec Vincent Cassel et vos enfants, vous semblez vivre comme des nomades, toujours en mouvement, souvent séparés… La distance est-elle le secret d’un couple heureux ?
Je ne pense pas qu’il existe une recette. Je connais des couples fusionnels qui font tout ensemble, le travail, les amis, les sorties, et cela fonctionne. S’il y avait une recette miracle, on le saurait… Je dis souvent qu’on ne peut pas parier sur le futur, on vit le moment présent, sans savoir ce qui arrivera demain. L’important, c’est une forme d’amour qui doit rester ancrée pour toujours.

En termes de nomadisme et de vies séparées : qui garde les enfants ?
MOI ! C’est moi ! (en français). Toujours. Vincent est un père aimant et très présent, mais « la mamma è sempre la mamma ! » (la mère est toujours la mère, NDLR).

En parlant de mamma, quel regard portiez-vous sur les jeunes mannequins Bianca Balti et Bianca Brancolini quand vous tourniez la pub Dolce  &  Gabbana à leurs côtés ? Vous occupiez la même place qu’elles dans le passé…
Je pensais : « Mon Dieu, ma fille sera bientôt comme elles  ! » Elle n’a que 9 ans et elle est déjà tellement grande  ! Bientôt, elle fêtera ses 14 ans, mesurera 1,80 m et sera comme ces jolies filles.

Et si votre fille vous annonçait qu’elle veut faire du mannequinat ou du cinéma…
Je ne lui dirais jamais que c’est un monde difficile, parce que implicitement cela voudrait dire : « Moi j’ai pu, mais toi, peut-être pas. » Elle pourrait même faire bien mieux que moi ! (Grand rire.) Deva, l’aînée, parle déjà quatre langues et a voyagé partout dans le monde. Moi, à son âge, je n’étais jamais sortie de ma ville.

Vous ne posez plus beaucoup pour des photos de mode…
J’aime toujours la photo, mais avant c’était mon gagne-pain. Aujourd’hui, je ne le fais que par pur plaisir et parce que j’en ai envie. À un moment de ma carrière, c’était devenu une routine… et quand quelque chose se transforme en routine, c’est moins intéressant.

Mais vous direz toujours oui à D&G  ?
Dolce  &  Gabbana possèdent une telle créativité ! Nous partageons une bien belle histoire. J’ai fait mon premier défilé avec eux et, au fil du temps, nous avons développé une relation d’affection qui ne cesse de grandir et qui va encore évoluer, je le devine.

Vous vivez entre Rome, Paris, Rio et Londres. Qu’est-ce que vous faites dans chaque ville que vous ne faites pas dans les autres ?
À Rome, je fais des enfants ! Je suis sans doute l’une des dernières à avoir confiance dans le système de santé italien. (Éclats de rire.) J’y ai passé toute la période de l’allaitement, c’était mon refuge émotionnel. À Paris, je me reconstruis. Chaque fois que j’entame un nouveau cycle de ma vie, j’ai besoin d’être à Paris, la ville de la transformation et de la concrétisation.

Et Londres ?
C’est le lieu d’une certaine folie créatrice et excentrique. C’est le côtéunpredictable, c’est-à-dire imprévisible, absolument nécessaire dans la vie. Et puis il y a Rio, la ville de l’énergie brute et brutale. La terre, la mer, la forêt, la montagne… Il faut avoir une sacrée trempe pour supporter cette énergie, parce qu’elle peut vous donner des ailes, mais elle peut aussi vous terrasser.

Y a-t-il une chose à ne pas faire avec vous ?
Je ne dois pas avoir l’impression d’être utilisée. Si je me sens exploitée ou utilisée, alors c’est fini, je ne peux plus rien donner.

La chirurgie esthétique

Une toute dernière question. Vous m’aviez dit : « Si, un jour, vous voyez une femme “bien retouchée”, demandez-lui l’adresse de son chirurgien. » C’était sérieux ?
Si je vois un visage bien fait, je me dis : « Quelle merveille  ! » Mais on n’en voit pas beaucoup. Pour le moment, je vis très bien avec mes petites ridules. Plus tard, on verra. Je n’ai pas peur de vieillir, je ne crains que la maladie. Je rêve de vivre en bonne santé jusqu’à 150 ans, continuer à boire des cappuccini avec mes copines et mourir paisiblement dans mon sommeil.

Les trois gestes beauté de Monica Bellucci

Je n’ai jamais fait de vrai régime draconien, je mange bene e sano, sain et équilibré. Légumes, poisson, viande et un peu de pasta. En fait, je suis contre l’exagération et l’interdiction : j’aime bien penser que je peux manger de tout, avec modération.

Pendant longtemps, j’ai évité toute forme d’exercice physique. Mais après ma deuxième grossesse, j’ai commencé à travailler avec un coach. Quand je peux, je fais une heure de sport par jour, que du low impact, jamais de jogging : c’est mauvais pour mes articulations !

Monica Bellucci : « Je n’ai jamais fait de vrai régime draconien. »

Je n’ai pas peur de vieillir, je ne crains que la maladie

J’ai découvert depuis peu la recette parfaite contre le temps qui passe : des injections de vitamines B. Je conseille de trouver un médecin avec des mains de fée, parce que ces piqûres sont très douloureuses.

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